Méditation avec Le Traité du Saint-Esprit de Mgr J.Joseph Gaume : 4 novembre 2026
CHAPITRE XXXVI.
(FIN DU PRÉCÉDENT).
Au récit de ces pieux concours, nos grands docteurs d’Europe balbutieront, sans doute, le mot de puérilité, et souriront de pitié. Qu’ils gardent leurs sourires pour eux-mêmes et pour leurs concours agricoles.
Faire parader devant eux et devant d’autres graves personnages, des bœufs, des vaches, des chevaux, des mulets, des ânes, des cochons ; puis donner des primes aux plus beaux produits, en vue de procurer l’amélioration de toutes les races de bêtes, asine, bovine, caprine, porcine : ils trouveront cet exercice très utile et très digne d’eux.
Ils l’appelleront un glorieux progrès du siècle des lumières ! Et aux yeux de ces mêmes hommes il sera puéril d’exercer, par une noble émulation, des âmes immortelles à la connaissance approfondie des vérités, qui sont la condition de leur bonheur et la base même des sociétés ! Vous parlez de puérilité : dites de quel côté elle se trouve. Si vous l’ignorez, tant pis pour vous.
C’est un signe que vous êtes descendus au niveau de vos concurrents. (Ps. 48. - Animalis homo. I Cor., II, 14). Cependant les fruits du don de conseil se manifestent chez nos jeunes frères, comme chez nos aïeux. Ne conserver avec la terre que le moins de rapports possible, afin de marcher d’un pas ferme et rapide vers l’éternelle patrie ; rompre même pour cela, s’il le font, les liens les plus chers à la nature :
tels sont les exemples qu’ils nous donnent. Écoutons un de leurs apôtres « Ne pouvant plus rester dans la Nouvelle-Calédonie, sans repousser la force par la force, j’annonçai à nos néophytes, venus de dix lieues à la ronde, la nouvelle de notre départ. Ils avaient le choix ou de retourner chez eux, ou bien de venir à Futuna où ils trouveraient des missionnaires.
A cette nouvelle, tous fondirent en larmes ; c’était la foi qui les faisait verser. - Et mon père, disait l’un ; et ma mère, disait l’autre, ne seront donc jamais chrétiens ! ainsi s’exhalait leur douleur. Je ne pus tenir à ce spectacle, et je m’éloignai pour leur laisser le loisir de se consulter.
« Quelques instants après je revins ; je fis cesser leurs sanglots en leur demandant quel parti ils avaient pris. - Vous suivre partout où vous irez, répondirent-ils. - Mais si nous retournons en Europe, il y fait froid et vous mourriez bientôt.
Tant mieux ; maintenant nous ne désirons plus que la mort. Leur avis unanime fut de se transporter dans une île bien éloignée, où il y aurait des missionnaires, afin de ne plus entendre parler d’une patrie, qu ils regardaient comme réprouvée pour toujours.
Nous mîmes à la voile, et pendant la traversée, qui fut d’un mois, nos chers chrétiens étaient si édifiants, que le capitaine et l’équipage, bien que tous protestants, m’ont demandé plusieurs fois d’inviter nos néophytes à faire leur prière sur le pont, pour avoir le plaisir d’en être témoins.